Y a-t-il un facteur culturel à la pauvreté?

Existe-t-il une culture de la pauvreté?

La relation entre culture et pauvreté a été souvent interprétée selon la thèse de l’anthropologue américain Oscar Lewis, qui fut le premier à utiliser le terme  « culture de la pauvreté ». Celui-ci la définit  comme « un ensemble de valeurs, d’attitudes et de comportements, essentiellement différent de celui des classes moyennes, adopté en réaction à des circonstances qui ne permettent pas de s’intégrer dans la société ». [1]

Bien que certaines personnes soient offusquées à l’idée même  qu’il existe une culture de la pauvreté, pour les tenants de cette thèse, il y aurait bien un lien direct entre les influences culturelles et la pauvreté.  Ce concept de culture de la pauvreté est le fruit des observations faites dans les ghettos noirs aux  États-Unis et dans les bidonvilles attenant aux centres urbains, où on  constate que les groupes pauvres vivant généralement dans l’angoisse des lendemains incertains, sans aucune perspective de promotion sociale, se résignent à  renoncer aux aspirations d’une vie conforme à la dignité humaine. Les enfants issus de ces milieux adoptent par la suite ces attitudes et modes de vie des parents qui  deviennent à la longue un mode de vie pérenne qui empêche aux descendants d’être aux aguets pour saisir les éventuelles opportunités susceptibles de se produire durant leur vie.

Cependant le  concept de « culture de la pauvreté » ne doit  pas être compris dans le sens qu’il y aurait une culture  spécifique aux pauvres, mais plutôt vu comme un ensemble de valeurs, de perception de soi et de comportements que  les pauvres adoptent en réponse aux privations et à  l’exclusion dont ils font l’objet,  qu’ils se transmettent de génération en génération,  évoquant quelque chose qui ressemble à une culture. [2]

La culture a un impact sur la pauvreté, mais pas à  cause d’une culture de la pauvreté.

Bien des milieux conservateurs s’appuient sur la thèse d’Oscar Lewis,  pour affirmer que la culture des pauvres les cloisonne dans leur pauvreté, et que  la responsabilité de la  situation des pauvres des bidonvilles et des ghettos n’incombe qu’à eux-mêmes, puisque ce sont leurs  façons d’agir et les attitudes qu’ils ont adoptées qui leur  empêchent toute intégration sociale ou  l’accès  au marché du travail. Cette façon de voir les choses revient en fait à ajouter le drame au drame en blâmant la victime.

Pour se donner bonne conscience et justifier l’inaction  pour alléger la misère des pauvres, il est  de ce fait tentant  pour les politiques, de se dire que les inégalités sociales sont le résultat des différences culturelles. Autrement dit que c’est leur culture  qui enferme  les pauvres  dans leur pauvreté et  peut être aussi  celle des africains dans leur inqualifiable misère.

Il est un fait que les facteurs culturels peuvent influer  dans la création et la persistance au fil du temps de fortes  disparités entre groupes en termes de richesse et de bien être social, le système des castes sociales en Inde en est une illustration, mais on ne pourrait pas soutenir que la culture des pauvres les maintient dans leur pauvreté, car les pauvres partagent exactement les mêmes valeurs fondamentales que le reste de la société. [3] Seulement ils n’arrivent pas à mettre ces valeurs en pratique par manque de moyens  d’actions et de stratégies  adéquates.  L’incapacité des démunis à se conformer aux bons usages de la société ne signifie donc pas  un quelconque comportement déviant mais  au contraire résulte  des privations et de  la marginalisation qu’ils endurent; autrement dit loin d’en être la cause ce serait plutôt la conséquence.[4]


[1] « Repenser la culture de la pauvreté », par Nicolas Duvoux, disponible en ligne  à l’adresse suivante : http://www.laviedesidees.fr/Repenser-la-culture-de-la-pauvrete.html?lang=fr. (Dernière consultation le 14 mars 2012).
Walton, Michael.2008/2.”La culture a un impact sur la pauvreté; mais pas  à cause d’une culture de la pauvreté” Afrique contemporaine, 2008/2 n⁰ 226, p133-190.
[2] « Existe –t-il une culture de la pauvreté? » par Julie Clarini, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.franceculture.fr/emission-les-idees-claires-10-11-existe-t-il-une-culture-de-la-pauvrete-2011-01-13. (Dernière consultation le 15 mars 2012).
[3] Walton, Michael.2008/2.”La culture a un impact sur la pauvreté; mais pas à cause d’une culture de la pauvreté” Afrique contemporaine, 2008/2 n⁰ 226, p133-190.
[4] « La pauvreté : une prémonition, par serge Paugan, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://1libertaire.free.fr/SPaugam04.html. (Dernière consultation, le 15 mars 2012).
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5 réflexions sur “Y a-t-il un facteur culturel à la pauvreté?

  1. Pingback: Pauvres et coupables: la paresse | Se libérer des clichés sur la pauvreté

  2. Bonjour,
    En mon sens, il peut y avoir des personnes qui décident de vivre dans la pauvreté, mais la plupart ne sont pas pauvres forcément par choix. On ne choisi pas de naître dans la pauvreté et nous sommes influencer par notre milieux social. Je suis d’accord avec vous que la culture peut influencer la pauvreté, mais ce n’est pas toujours de la même façon. Je crois que le phénomène générale de la pauvreté peut être attribuée à plusieurs cause comme l’exploitation, le système (politique-économique), à l’insouciance et à l’individualisme.
    Louis-Philippe Préfontaine-Dastous équipe de la coopération entre les pays émergeant

    • Dans votre commentaire, vous soulevez le fait que la culture a une influence sur la pauvreté et qu’il y a bien d’autres causes au phénomène de la pauvreté, et je partage cette idée. Mon propos était de nuancer quelque peu le cliché qui tend à rendre les pauvres responsables de leur état de pauvreté en évoquant la culture de la pauvreté. Cette théorie explique les causes de la pauvreté par la culture de la destinée développée dans les milieux pauvres, qui détermine la pensée, les attentes des gens, et qui présente la sortie de la pauvreté comme un défi quasi insurmontable.
      Loin de ce cliché, la pauvreté n’est pas une fatalité, mais bien une injustice à combattre; les pauvres n’ont pas une culture propre à eux, ils partagent exactement les mêmes valeurs fondamentales que le reste de la société. Seulement ils n’arrivent pas à mettre ces valeurs en pratique par manque de moyens d’actions et de stratégies adéquates, résultant des privations et de l’exclusion dont ils font l’objet.

  3. En lisant vos propos sur la culture de la pauvreté et notamment le passage sur les répercussions de la pauvreté sur l’adaptation culturelle des groupes touchés qui développent des mécanismes fatalistes. Un exemple serait peut-être celui d’un enfant (issu d’une minorité) qui cesserait de croire dans l’émancipation sociale par les études, car il aurait été témoin de l’incapacité d’une personne issue de la même minorité à accéder au marché du travail malgré ses études. Ce serait un exemple de cette « culture de la fatalité » qui favorise une persistance ou une reproduction sociale.

    Néanmoins, le passage que vous opérez entre ce qui se passe au niveau des ghettos (que j’imagine spontanément dans des pays développés) et des contextes plus macro-économiques comme (le continent africain ou l’Inde) mériterait d’être soutenu davantage. Dans le cas de cette dernière et du système de castes hindou, il s’agit de savoir qui sont les tenants de la culture. Sont-ce les membres des castes socialement pauvres qui disposent de valeurs de persistance de la pauvreté (comme dans votre exemple du ghetto) ou sont-ce les membres des autres castes qui vont exclure des castes pour en faire des groupes pauvres ou les deux? Qu’en pensez-vous?

  4. En réponse à votre question, je dirais que les deux phénomènes sont présents. Le système de castes en Inde amène une structure sociétale bien établie et très hiérarchisée. Les Dalits (hors castes ou intouchables) considérés au bas de l’échelle, sont depuis longtemps victimes de discrimination. Ils seraient 17% de la population, soit 170 millions d’Indiens. Ils sont contraints à faire des métiers de nettoyage (latrine, vêtements). Ils incinèrent les morts, réparent des petits objets. Ils travaillent souvent dans les champs ou dans des emplois saisonniers et sous-payés. Les possibilités d’ascension sociale semblent très limitées. Les hors castes ont longtemps accepté avec résignation cet état de fait et perpétue une situation de pauvreté puisque les enfants dalits sont souvent au prise avec des dettes contractées avant leur naissance qui se passent de génération en génération. Il serait tentant dans ces circonstances de dire qu’il s’agit bien des membres des castes qui poussent les plus pauvres à rester dans leur misère en les empêchant de sortir de ce cercle vicieux de générations d’intouchables. Par contre, ce qui paraissait inébranlable auparavant change lentement et les Indiens sont maintenant tous égaux devant la loi. Selon l’article 15 de la constitution, on ne peut interdire à une personne d’obtenir un poste sur la base de la caste, du sexe ou de la religion. Aussi, des quotas dans la fonction publique permettent une discrimination positive pour les Dalits. Le terme «Dalit» signifie «opprimé» ce qui dénote une identification d’injustice à leur égard. Si les intouchables vivaient autrefois avec une culture de la fatalité, les Dalits veulent aujourd’hui sortir de cette culture. Malgré les mouvements qui tendent à sortir les Dalits de la pauvreté, le système de castes est encore bien présent et fait en sorte que la sortie de la pauvreté est perçue par les Dalits comme un défi insurmontable. Néanmoins je pense qu’un changement s’opère.

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