La pauvreté: un concept complexe

« Les pauvres sont ceux qui ne peuvent pas manger à leur faim»

Lorsque la plupart des gens entendent le mot «pauvreté», beaucoup pensent à une situation dans laquelle les personnes ne disposent pas suffisamment  de ressources monétaires pour se nourrir.  D’ailleurs, plusieurs sites internet en lien avec la pauvreté vont définir le concept de la pauvreté comme étant la situation d’une personne qui n’a pas assez de nourriture ou d’argent pour survivre dans la société.

La pauvreté ne se limite pas à ces aspects.

Certes, le manque de nourriture et de ressources financières sont synonymes de pauvreté, mais en réalité, il s’agit d’une situation beaucoup plus complexe. Par définition, une situation dans laquelle une personne ne dispose pas de biens nécessaires pour survivre se réfère à la «pauvreté absolue». Les personnes dans cette situation ont de la difficulté à répondre à leurs besoins primaires et c’est pourquoi elles luttent pour leur survie ; elles peuvent souffrir de malnutrition, ne pas avoir accès à de l’eau potable ou à un logement décent, manquer de vêtements ou de médicaments [1]. Cette situation est courante, surtout dans les pays en développement  (PED). Dans ces pays, la majorité des gens vit de la culture vivrière, leur permettant souvent de ne répondre qu’à leurs besoins de consommation individuelle sans faire de surplus qui pourraient générer des profits. De ce fait, selon bon nombre d’économistes, les pays les plus pauvres sont pris dans un cercle vicieux de la pauvreté.

Cercle vicieux de la pauvreté

 Dans les pays développés, le concept de pauvreté illustre une réalité différente. On parle alors de «pauvreté relative». Pourquoi ? Parce que le niveau de pauvreté d’un individu ne peut s’évaluer de façon absolue, sinon qu’il doit être déterminé en fonction du niveau de vie général du pays.  La pauvreté relative est donc «une situation dans laquelle le mode de vie et le revenu de certaines personnes se situent tellement en-deçà du niveau général de vie dans le pays ou la région où ces personnes vivent que celles-ci luttent pour mener une vie normale et pour participer aux activités économiques, sociales et culturelles courantes» [1]. Bien qu’elle ne soit pas aussi extrême que la pauvreté absolue, la pauvreté relative est tout aussi tragique et néfaste.

Dans un cas comme dans l’autre, les individus dans une situation de «grande» pauvreté ont des besoins fondamentaux insatisfaits. Les besoins d’un individu pourraient  être résumés dans la pyramide de Maslow. En effet, selon cette théorie, les besoins de ce dernier peuvent être classés par ordre d’importance et en cinq niveaux; l’individu devant combler les besoins de la base avant de passer au niveau supérieur. Au bas de la pyramide se retrouvent  donc les besoins qui sont fondamentaux. Bien entendu, une personne doit chercher à combler ses besoins physiologiques ( manger, respirer, dormir, etc.) afin d’assurer sa survie. C’est d’ailleurs la satisfactions de ces besoins qui donne la possibilité de répondre aux catégories de besoins supérieurs. Les autres niveaux sont tout aussi importants et ce, afin d’assurer une «vie digne»:  «la notion du respect de la dignité humaine vise à protéger les intérêts multiples et interdépendants de la personne allant de son intégrité corporelle, à son intégrité morale et à son épanouissement personnel» [4].

Pyramide des besoins de Maslow

Pyramide des besoins de Maslow

L’aide apportée aux pauvres n’est-elle pas destinée à satisfaire leurs besoins ? Les besoins physiologiques sont prioritaires certes, mais un individu qui n’arrive pas à combler bon nombre des autres besoins fondamentaux se retrouve dans une situation précaire. Il est donc en situation de pauvreté. De plus, la pauvreté entraîne plus de conséquences que beaucoup s’imaginent. Les individus dans cette situation sont souvent privés  de nombreuses opportunités pour le développement économique, social, et humain. Ceux-ci manquent de droits économiques, civiques, politiques, sociaux et culturels qui les empêchent de participer adéquatement aux prises de décisions et les confine à une situation d’exclusion sociale et culturelle. Enfin, nous vous invitons à consulter le rapport «Un préjugé, c’est coller une étiquette» émis par  Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, dans lequel l’organisme relate les nombreux préjugés envers les personnes pauvres et la pauvreté au Québec.

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« Les plus pauvres nous le disent souvent : ce n’est pas d’avoir faim, de ne pas savoir lire, ce n’est même pas d’être sans travail qui est le pire malheur de l’homme. Le pire des malheurs est de vous savoir compter pour nul, au point où même vos souffrances sont ignorées. Le pire est le mépris de vos concitoyens. Car c’est le mépris qui vous tient à l’écart de tout droit, qui fait que le monde dédaigne ce que vous vivez et qui vous empêche d’être reconnu digne et capable de responsabilités. Le plus grand malheur de la pauvreté extrême est d’être comme un mort-vivant tout au long de son existence ».

– Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde [3]

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[1] «Pauvreté : qu’est-ce que c’est? », par le Réseau européen anti-pauvreté, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.eapn.eu/fr/pauvrete-dans-lue/la-pauvrete-quest-ce-que-cest (dernière consultation le 07 mars 2012)
[2] «Pays en développement (PED) », par Encyclopédie Larousse, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.larousse.fr/encyclopedie/nom-commun-nom/d%C3%A9veloppement/42908 (dernière consultation le 07 mars 2012)
[3] «Critique de l’approche des «besoins fondamentaux» dans les projets de développement», par Boribana : Réflexions sur le Développement et l’Humanitaire, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://boribana.over-blog.com/article-5423911.html (dernière consultation le 07 mars 2012)
[4] Aksoy, Emine Eylem. «La notion de dignité humaine dans la sauvegarde des droits fondamentaux des détenus».Université de Neuchâtel: Suisse.
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3 réflexions sur “La pauvreté: un concept complexe

  1. Bonjour,
    Votre site est très bien fait; j’ai surtout adoré la page de garde!

    Revenant sur la question de la pauvreté qui est un sujet complexe ayant plusieurs ramifications, j’aimerais apporter ma petite contribution.

    D’abord je voudrais revenir sur une œuvre publiée par l’intellectuel béninois Albert Tévoédjré « pauvreté, richesse des peuples » chez les Éditions Ouvrières en 1978.Dans ce livre l’auteur dans son analyse indique que la pauvreté peut avoir quelques avantages où dans plusieurs villes réputées pauvres les populations vivent une vie simple, et parfois plus épanouie que l’existence à grands renforts de superflu qui caractérise les sociétés de consommation occidentales.

    Mais il est aussi évidemment revenu sur les disparités qui peuvent exister entre la classe dirigeante des états pauvres et leurs concitoyens, voire le gouffre indécent qui les sépare de la masse. Finalement l’on est droit de se demander si l’une des causes de ce qui est admis d’appeler » pauvreté « n’est pas dû au manque de prise de conscience des dirigeants de ces différents pays gangrénés par le fléau de la corruption, qui s’enrichissent sur le dos du plus grand nombre.

    Ensuite je suis tombé sur un article de Jean Tonglet «Reconsidérer la pauvreté?». Revue Quart Monde, N°192 – Année 2004 où l’auteur pose des séries de question sur le concept de pauvreté, de misère, et d’exclusion sociale. Il revient sur le fait que depuis le sommet mondial pour le développement social de Copenhague en 1995 au sommet du Millénaire, l’élimination de la pauvreté est présentée comme l’un des trois objectifs prioritaires des Nations unies.

    Jean Tonglet se demande dans son analyse si le fait de répéter le discours sur la pauvreté est accompagné d’une analyse rigoureuse ? Sait-on vraiment de quoi l’on parle quand on évoque la pauvreté, la misère, l’extrême pauvreté, l’exclusion sociale? Ces concepts recouvrent-ils les mêmes réalités ? La pauvreté est-elle vraiment « bien pensée » ?
    Citant le père Joseph Wresinski, l’auteur de l’article pense qu’il ne faut pas considérer la pauvreté comme une tare mais bien comme un tremplin, un moyen de résistance à la misère, qui, elle, est un enfer.
    Pour Jean Tonglet, ce qu’il faut faire c’est une révolution culturelle et spirituelle et moi j’ajouterai une introspection voire un exercice de changement de mentalité  » pour arriver à penser autrement développement, pauvreté et misère ». Penser autrement, en apprenant des plus humiliés, en écoutant leur souffrance, en nous laissant atteindre. Comme l’écrit Brigitte Jaboureck, le face-à-face avec les personnes qui souffrent « réveille en nous des émotions, la révolte, la colère qui les poussent à crier, la peine qui fait que nous restons sans voix, sans mots pour dire les choses. »

    Enfin ce blogue me donne l’occasion de dire haut et fort que ceux que nous considérons comme des pauvres sont parfois plus heureux et plus équilibré psychologiquement que plus d’un dans les sociétés plus développées. Ces soit disant pauvres n’ont pas besoin de pitié mais de compréhension et d’action.

    Le monde tel qu’il es aujourd’hui a largement les moyens d’arriver à juguler les fléaux de la misère et de l’exclusion sociale. Les milliards de dollars qui sont gaspillés dans des guerres interminables peuvent aider à construire des écoles, des hôpitaux, et aider les paysans du sud à mieux rentabiliser leur production.

    Plus de partage et moins de critique devrait être le leitmotiv.

    Plus d’action à l’exemple de ce que la fondation Melinda et Bill Gates fait pour l’éradication du paludisme par exemple dans les pays africains est un bel exemple pour faire reculer la pauvreté.
    Merci
    Source: http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=1316

  2. bonjour! J’aimerais dire que votre site est vraiment chouette!
    « « Les plus pauvres nous le disent souvent : ce n’est pas d’avoir faim, de ne pas savoir lire, ce n’est même pas d’être sans travail qui est le pire malheur de l’homme. Le pire des malheurs est de vous savoir compter pour nul, au point où même vos souffrances sont ignorées »
    Ben tout à fait

  3. Merci à vous deux pour vos commentaires !

    Kenneth, j’ai beaucoup aimé ta réflexion. Tu as soulevé plusieurs points très intéressants qui enrichissent grandement mon billet. D’ailleurs, la diversité des concepts et des idées que tu as abordés confirme le fait que la pauvreté est un concept complexe aux multiples facettes, et qu’il peut être interprété et traité de diverses façons.

    Tu as soulevé un point qui me paraît très important et sur lequel j’aimerais m’attarder. Tu as raison lorsque tu affirmes que les pauvres sont parfois plus heureux que les gens «riches», étouffés par la surconsommation et la superficialité. De nos jours, la conception du bonheur et de la réussite s’appuie trop souvent sur la consommation, sur l’avoir plutôt que sur l’être et sur l’obligation de performer, comme si l’on ne pouvait obtenir la qualité que par la quantité [1]. Le vrai bonheur est peut-être du côté des plus pauvres, des exclus et des marginaux.

    D’ailleurs Pierre Côté, fondateur de l’indice relatif de bonheur (IRB), soutient que nombreux sont les philosophes, les intellectuels et les chercheurs qui se sont prononcés sur la question du bonheur et sa définition. À cet égard, tous s’entendent sur le fait que le bonheur est une notion subjective et relative [1]. C’est d’ailleurs pourquoi «tant de discussions et de débats entourent l’hypothétique définition du bonheur et surtout, les différents moyens de l’atteindre» [1].

    «Alors! Le bonheur est-il un concept abstrait, une réalité concrète, ou vacille-t-il entre l’un et l’autre? Il n’est certes pas facile de le cerner, de le circonscrire et encore moins de le définir. Ce n’est d’ailleurs pas le but de l’IRB (indice relatif de bonheur), nous n’en avons pas la prétention. C’est cependant son évaluation qui nous intéresse, une évaluation qui prend toute sa source dans la perception des individus face à eux-mêmes et à la vie qu’ils mènent». [1]

    Et c’est cette perception qui fait toute la différence. Tu as aussi souligné l’importance d’un changement de mentalité et d’une introspection profonde de la part de la société et des acteurs qui œuvrent dans la lutte contre la pauvreté. Cela améliorerait probablement l’efficacité des démarches entreprises dans ce sens. J’ajouterais, d’où la mission de notre blogue, qu’il faut également agir contre les préjugés sociaux et leurs conséquences dévastatrices.

    Sources :
    [1] «Le bonheur : Concept abstrait ou réalité concrète?», par Canoe.ca, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.indicedebonheur.com/le-bonheur.htm (dernière consultation le 4 avril 2012)
    [2] «Au bonheur des pauvres», par L’Express, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.lexpress.fr/informations/au-bonheur-des-pauvres_605332.html (dernière consultation le 4 avril 2012)

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