La gestion du budget

« Les pauvres ne savent pas gérer un budget! »

Le citoyen X entretient plusieurs clichés envers les personnes considérées comme pauvres. Le fait de ne pas savoir gérer un budget est considéré comme une des causes de la pauvreté.

La première réponse, certes extrême que l’on peut donner est que les pauvres, n’ont pas de budget. On peut nuancer en disant qu’ils n’ont pas le budget suffisant pour avoir à le gérer.

Prenons différents exemples pour nuancer ce cliché, car les situations sont bien différentes selon le milieu.

Au Québec, à Montréal (on parle alors de pauvreté relative soit «une situation dans laquelle le mode de vie et le revenu de certaines personnes se situent tellement en-deçà du niveau général de vie dans le pays ou la région où ces personnes vivent que celles-ci luttent pour mener une vie normale et pour participer aux activités économiques, sociales et culturelles courantes»), un individu vivant sur l’aide sociale reçoit un chèque de 582 dollars canadiens. Ayant un emploi à temps plein au salaire minimum ou faisant partie d’une famille monoparentale, cette personne doit se nourrir, se loger, se déplacer, etc. Comment faire tout cela avec des ressources aussi limitées ?

Quand on a pas de budget, le minimum devient un luxe

Au Mali, (on parle ici de pauvreté absolue, c’est-à-dire le manque même du strict minimum pour sa survie physique), il n’y a pas d’aide sociale et le taux de chômage est d’environ 30%. Ajoutons à cela, l’inflation constante, et la hausse du prix des denrées, et les salaires qui n’augmentent pas empêchent les gens de pouvoir se nourrir correctement. Comme le montre le tableau suivant sur la hausse des prix des biens de base au Sénégal, les prix montent en flèche et beaucoup de familles peuvent rencontrer des difficultés à s’alimenter, un droit pourtant garanti par l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme: « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.»

La hausse des prix des biens de première nécessité au Sénégal

Un individu pauvre n’a donc pas de budget ; il vit au jour le jour (ou de petits boulots) sans avoir de revenus garantis. Effectivement, on ne peut donc pas budgéter sur le vide! Cet exemple est transposable dans beaucoup de pays en développement.

Alors pourquoi entend-t-on que les pauvres ne savent pas gérer un budget? Souvent, ce cliché est alimenté par le fait que des personnes endettées soient incapables de rembourser ce qu’elles ont emprunté. Ce qui fait de cela est un cliché, c’est qu’on ne va jamais plus loin que les apparences, pourquoi ces personnes ne peuvent plus rembourser ce qu’elles ont emprunté?

Et là on se rend compte que les causes sont plus profondes. On peut alors parler de crise économique, de chômage, de précarité et de perte d’emplois, de non adaptation des services financiers.

Ainsi, pour le peu de budget qu’ils peuvent avoir, certaines personnes ont besoin d’assistance pour le gérer ou sortir de leurs dettes. Le livre Comment les pauvres gèrent leur argent de S. Rutherford proposent des solutions pour cette mauvaise gestion de budget, généralement à cause de circonstances atténuantes.

Les problèmes de gestion d'argent pour les personnes n'ayant pas les moyens, et des solutions pour les aider à gérer le budget.

Ce conférencier à l’Université Laval résume ce qu’il faut savoir en gestion de budget, afin d’éviter d’expliquer la pauvreté comme étant une erreur de l’autre. : «La pauvreté force souvent les gens à vivre au jour le jour, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement. Les compétences et la bonne volonté ne suffisent pas toujours. Pour faire les bons choix, il faut d’abord avoir le choix.»

Si on prend le problème sous un autre angle, on peut aussi dire que vivre avec le strict minimum est l’illustration même de gérer un budget! En effet, arriver à joindre les deux bout s’avère être très difficile, et il faut souvent faire preuve d’imagination pour y arriver. Et, ce que ce soit avec 582$ ou 2$ (par jour). Pour nuancer, on peut ajouter, que dans certaines villes ou dans certains villages, 2 dollars sont presque suffisant pour se nourrir et se vêtir, mais ils ne pourront pas s’acheter de Ipod Nano!

Les problèmes de gestion de budget sont beaucoup plus profonds, et les réalités toutes autres, au-delà des clichés.

                                                                                                      

Références :

Collins Daryl, Jonathan Morduch, Stuart Rutherford, Orlanda Ruthven Porfolios of the Poor. How the World’s Poor Live on $2 a Day (2009), Princeton: Princeton University Press.
Rutherford, S. (2001) The Poor and their Money, Oxford: Oxford University Press.

«Vivre avec deux dollars par jour», par Brian Palmer, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.slate.fr/story/5535/vivre-avec-deux-dollars-par-jour (dernière consultation le 13 mars 2012).

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2 réflexions sur “La gestion du budget

  1. Ton article est très intéressant mais je pense que pour évoquer les problèmes du budget dans un sujet aussi vaste que la pauvreté on ne peut pas passer à coté du microcrédit.
    Tu as évoqué le fait qu’on a avait du mal à accorder des prêts aux plus démunis par peur qu’ils ne soient pas solvables. Le microcrédit donne une solution à cela. Mis en place pour la première fois il y a 30 ans au Bangladesh avec la Grameen Bank de Mohamed Yunus, le microcrédit s’est établi via des banques accordant des petits prêts aux personnes les plus pauvres. Avec cette confiance, elles ont pu commencer une activité professionnelle ou faire perdurer des micro-entreprises déjà existantes. Il est vrai que dans les pays en développement on observe une majorité de travailleurs indépendants qui n’ont malheureusement pas assez de connaissances notamment pour gérer leur budget. Les institutions de microcrédit leur apportent plus qu’une simple aide financière (prêts à faible taux) car les bénéficiaires ont accès à une combinaison de services comme la formation, la solidarité, l’accès à un réseau. Ces programmes de microcrédit ont démontré que bien souvent « les plus démunis sont très crédibles, parfois plus crédibles que des emprunteurs traditionnels ».
    Pour être entièrement en lien avec ton billet, le site de l’ONG Microcredit Summit résume bien la situation (http://www.microcreditsummit.org/). On y apprend que 137.5 millions de familles dans le monde ont déjà bénéficié de ces prêts ce qui équivaut à presque 700 millions d’individus. En devenant autonomes, les bénéficiaires ont pu prouver qu’ils étaient capables de gérer un budget et que même si le microcrédit et son fondateur ont été vivement critiqués, leur travail a permis de réduire les clichés sur la pauvreté.
    Peut-être que ton prochain article pourra aborder cette problématique !

    Clémence Gaborieau

    • Bonjour Clémence,

      Merci beaucoup pour ton commentaire, en effet, le microcrédit est un outil permettant d’aider à la lutte contre la pauvreté. Et comme tu le dis si bien, cela peut être l’objet d’un autre billet.
      L’objectif était surtout de nuancer le cliché et les solutions à apporter sont nombreuses.

      Cependant, le microcrédit n’est pas une solution adoptée dans les pays du Nord. Et je rajouterai que ce n’est pas tout le monde qui peut ou qui veut être entrepreneur. Ce sont surtout des prêts accordés à des personnes ayant des projets. De plus, ça peut arriver que le projet ne fonctionne pas, alors dans ce cas que fais-t-on?
      Toutes les idées ne sont pas des success-stories, malheureusement.
      Pour ma part, mon autre réserve concernant le microcrédit est la présence de l’intérêt. En effet, il est plus souvent élevé que les prêts traditionnels, alors dans ce cas, là on a de l’argent pour vivre, mais on passe sont temps à rembourser sa dette aussi.
      Ces personnes ne sortent donc pas de leur pauvreté. Ce n’est donc pas la solution miracle à la gestion du budget, et tant que les effets ne sont pas durables, je ne crois pas que l’on puisse parler de succès au sens propre du terme.
      Voici un extrait de l’article d’Esther Duflot, économiste, qui nuance l’enthousiasme autour du micro crédit. Je partage entièrement son avis : « Ces études semblent donc nous dire que le microcrédit rend exactement les services attendus d’un bon produit financier : il permet à ses clients d’effectuer des achats importants, pour leur activité ou pour leur ménage, qu’ils n’auraient pas pu engager autrement.
      Mais, dix-huit mois plus tard, on ne constate aucun signe d’une transformation profonde de la vie de ces familles : ni l’une ni l’autre de ces études ne démontre d’impact sur la santé, la scolarisation ou le pouvoir de décision des femmes. En revanche, contrairement aux prédictions pessimistes des sceptiques de la microfinance, on ne constate aucune frénésie de consommation irresponsable provoquée par l’argent facile : au contraire, en Inde, les familles abandonnent certaines des petites tentations de la vie courante (thé, snacks, noix de bétel, tabac) pour rembourser l’emprunt qui leur a permis d’acheter des biens durables. »
      Cet article est disponible ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/01/11/microcredit-miracle-ou-desastre-par-esther-duflo_1290110_3232.html

      Au plaisir,

      Khadi

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