« Il n’y a pas de pauvre au Québec! La pauvreté c’est en Afrique! »

On entend souvent les gens parler comme si la pauvreté, « la vraie », n’existerait qu’en Afrique. En fait, cela réside dans la multitude de définitions qu’a la pauvreté.

La pauvreté au Québec, c’est quoi?

En fait, « [i]l n’y a pas de seuil de pauvreté reconnu comme tel au Canada ou au Québec »[1] . Cependant le seuil en deçà duquel un ménage est reconnu comme ayant un faible revenu à des fins fiscales est de 22 637 $ au Québec en 2012 pour une personne seule[2]. « Le seuil de faible revenu est le niveau de revenu auquel on estime qu’une famille d’une taille donnée consacre une plus grande part, de son revenu aux nécessités de la vie, c’est‑à‑dire la nourriture, le logement et l’habillement, que la famille moyenne »[3]. Cela signifie qu’une personne travaillant au salaire minimum de 9,90$ à temps plein (40 heures par semaine) ne gagnera qu’un salaire brut de 20 592 $ par année et sera ainsi considéré comme une personne à faible revenu. En 2003, 9,7% de la population québécoise était considéré comme ayant un faible revenu et plus de la moitié de ces personnes à faible revenu sont des personnes seules[4].

On peut aussi choisir de définir une personne comme pauvre lorsqu’elle n’arrive pas à subvenir à ses besoins primaires par exemple ces besoins alimentaires. Si l’on se penche sur cet aspect, on se rend compte que plus de 850 000 personnes ont eu recours aux banques alimentaires au Canada seulement en mars 2011[5].  Sur la même période, au Québec « […| 348 919 demandes d’aide alimentaire d’urgence ont été enregistrées par les organismes d’aide alimentaires au Québec soit plus de 4,3% de la population total de la province »[6]. De ce nombre, 60,7% reçoivent de l’aide sociale comme principale source de revenus[7].

En effet, peu ou pas de gens au Québec pourraient être désignés comme des personnes vivant avec moins d’un dollar par jour. Cependant la pauvreté est bien réelle. Par exemple, à Montréal en 2005 la population itinérante était estimée à 30 000 personnes. Le fait d’être sans abri est un signe clair de pauvreté, peu importe la définition que l’on choisit.

Bref, existe-t-il de la pauvreté en Occident ou au Québec? La réponse est oui. Cependant, peut-elle se définir de la même façon que dans certains pays en développement? Non. Est-ce que les pauvres occidentaux le sont moins? Non. N’importe quelle situation de pauvreté démontre une inégalité au sein d’une société qu’elle soit asiatique, africaine ou occidentale. La pauvreté existe dans toutes les sociétés, et ce à travers le monde même si elle ne se définit ou ne se vit pas exactement de la même façon.


[1] « Faits à connaître sur la pauvreté », par Collectif pour un Québec sans pauvreté, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://pauvrete.qc.ca/IMG/pdf/Feuille_de_faits_sur_la_pauvrete-051007-en3pages.pdf (dernière consultation le 10 mars 2012)
[2] « Prêts d’étudiants et bourses », par Gouvernement du Canada, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.canlearn.ca/fra/postsecondaire/financement/subventions/lmit.shtml (dernière consultation le 10 mars 2012)
[3] Idem
[4] « Recueil statistique sur la pauvreté et les inégalités socioéconomiques au Québec », par Ministèe de l’emploi et les inégalités socioéconomiques au Québec, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf2006/RecueilPauvre.pdf (dernière consultation le 10 mars 2012)
[5] « Bilan-faim 2011 », par Banques Alimentaire Québec, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://banquesalimentaires.org/flextop/upload/pdf/9389291d534d00088108e5dabf1adac6.pdf (dernière consultation le 10 mars 2012)
[6] Idem
[7] Idem
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4 réflexions sur “« Il n’y a pas de pauvre au Québec! La pauvreté c’est en Afrique! »

  1. Pingback: Pauvreté et santé mentale: l’oeuf ou la poule? | Se libérer des clichés sur la pauvreté

  2. Les organismes qui travaillent à réduire la pauvreté ici sont confrontés à un problème d’image: la pauvreté est plus « photogénique » en Afrique qu’au Québec/Canada. Il est malheureusement plus vendeur pour une célébrité de se joindre à une cause située dans un pays en développement que de mettre en lumière les conditions de vie souvent difficiles vécues par ses propres compatriotes.

    On dirait que les gens ont beaucoup de difficulté à voir la pauvreté qui les entoure tous les jours.

    Cela rejoint votre autre entrée sur le rôle des médias qui eux aussi préfèrent parler de la situation dans d’autres pays du monde que dans leur cour.

  3. Bonjour, Tout d’abord, Mes félicitations pour votre article.

    Et merci pour vos chiffres
    « On peut aussi choisir de définir une personne comme pauvre lorsqu’elle n’arrive pas à subvenir à ses besoins primaires par exemple ces besoins alimentaires. Si l’on se penche sur cet aspect, on se rend compte que plus de 850 000 personnes ont eu recours aux banques alimentaires au Canada seulement en mars 2011 » Sur une population de 30000000 franchement je trouve ça énorme.
    J’ai une question à vous poser. Comment survivent les banques alimentaires? Grâce au dons?

    « Bref, existe-t-il de la pauvreté en Occident ou au Québec? La réponse est oui. Cependant, peut-elle se définir de la même façon que dans certains pays en développement? Non. Est-ce que les pauvres occidentaux le sont moins? Non. N’importe quelle situation de pauvreté démontre une inégalité au sein d’une société qu’elle soit asiatique, africaine ou occidentale. La pauvreté existe dans toutes les sociétés, et ce à travers le monde même si elle ne se définit ou ne se vit pas exactement de la même façon. »

    Est ce que le système capitaliste joue un rôle majeur dans la pauvreté? La pauvreté dans un système capitaliste est elle comparable dans le système communiste?

  4. La pauvreté fait incursion dans tous les pays du monde. Ce terme, très relatif de par sa définition varie d’un pays à l’autre. Quelques facteurs expliquent cette différence; niveau de vie, le coût de la vie, le gouvernement en place, etc. Au Québec, les gens itinérants et les personnes pauvres ont l’avantage d’avoir recours à des services publics gratuits et aussi de retrouver des organisations qui œuvrent dans l’entraide communautaire. Juste au Québec, il existe plus de 50 000 organismes comnunautaires (1) qui travaillent en collaboration soit par des subventions ou des activités non lucratives afin de renforcer les domaines d’intervention telles l’intégration sociale, la santé mentale et physique, la santé publique, etc. Bien entendu, de plus en plus de gens sont conscientisés et sensibilisés aux enjeux mondiaux, concernant les droits de l’homme, les services publics pour tous, la sécurité alimentaire, etc. Voilà pourquoi il y a eu la création d’organismes mondiaux comme l’ONU ou la société civile comme Care ou Oxfam qui contribue à l’élimination de l’inégalité. Nonobstant, encore aujourd’hui beaucoup d’entreprises préfèrent encourager le développement local québécois que d’investir ou injecter du financement outremer dans des projets de renforcement local. Au Canada en 2003, 1 milliard de dollars ont été versés en dons de bienfaisance (2) . Parfois certaines compagnies vont permettre à leurs employés de faire des heures sur le temps du travail en bénévolats. On peut dire que c’est une des forces d’ici. Oui il y a le fina ncement, mais la population se mobilise pour venir en aide aux plus démunis. C’est de cette façon que survivent par exemple les banques alimentaires, par le soutien de financement fédéral, Centraide, les Clubs Sociaux (Lions, optimistes, Richelieux, etc.) et par la participation active des compagnies avec la concertation de la population.

    Le Réseau des Banques Alimentaires Québec aide 348 000 individus, dont 124 000 enfants, le réseau encadre plus de 64 organismes d’aide alimentaire (3) et leurs sources d’approvisionnement proviennent en majorité du secteur agricole, laitier, élevage, etc. Ainsi plusieurs partenaires font de vastes campagnes afin d’aider les Québécois dans le besoin.

    En résumé, la pauvreté d’une nation à une autre est différente et l’urgence n’est pas la même. Ici au Canada nous n’avons pas d’aide bilatérale et multilatérale pour vaincre la pauvreté, car nous avons quand même un bon apport de la société pour tenter d’enrayer la pauvreté qui n’est pas d’une même gravité que dans les Pays en développement. Cela expose bien la distinction nécessaire pour expliquer la relativité du terme pauvreté qui se fait plus ressentir dans les pays du sud.

    (1) “Quelques fait sur le financement des organismes communautaires », SACAction.com, disponible en ligne à l’adresse suivante http://www.mess.gouv.qc.ca/publications/sacaction/no31/financement.asp
    (2) « Contributions des entreprises aux collectivités canadiennes : constatations d’une étude qualitative des pratiques en vigueur », Imagine Canada, par Michael H. Hall, M. Easwaramoorthy, Wyanne Sandler, disponible en ligne à l’adresse suivante; http://library.imaginecanada.ca/files/nonprofitscan/fr/misc/business_contributions_fr.pdf
    (3) Banques Alimentaires Québec, disponible en ligne à l’adresse suivante; http://www.banquesalimentaires.org/

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