Pauvres et coupables: la paresse

«Les personnes pauvres le sont parce qu’elles sont paresseuses!»

FAUX.

Cette affirmation révèle clairement à quel point les phénomènes qui engendrent la pauvreté sont mal connus du  public. Elle illustre surtout le jugement sévère qui est porté sur les pauvres et les assistés sociaux. L’idée que les pauvres sont paresseux, qu’ils manquent de motivation ou qu’ils font preuve d’un manque d’éthique au travail est fausse.

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                         «La paresse chemine si lentement que la pauvreté la rattrape»                                                                                     – Benjamin Franklin

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Certains affirment même qu’il existe une certaine «culture de la pauvreté».  Oscar Lewis, un anthropologue américain reconnu, définit ce concept  comme un «ensemble de valeurs, d’attitudes et de comportements, essentiellement différent de celui des classes moyennes, adopté en réaction à des circonstances qui ne permettent pas de s’intégrer dans la société» [1] Pourtant, les valeurs et les comportements  varient tout autant au sein des gens en situation de pauvreté qu’entre les pauvres et les riches.

Les pauvres sont continuellement stéréotypés comme des paresseux alors que, selon le National Center for Children in Poverty, 83% des enfants issus de familles pauvres ont au moins un parent salarié. En outre, environ 60 % de ces enfants ont au moins un parent qui travaille à temps plein durant l’année. De plus, selon le l’Economic Policy Institute, les adultes pauvres travaillent plus d’heures chaque semaine que ceux au-dessus du seuil de pauvreté [2].

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                     «Un paresseux est le frère d’un mendiant». – Proverbe écossais

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Contrairement aux préjugés populaires, le travail reste une valeur fondamentale même pour les pauvres et ils sont nombreux à chercher du travail. D’ailleurs, il faut garder en tête que le chômage est habituellement causé par le manque d’emplois. Prenons l’exemple de la France où le nombre de personnes bénéficiant du Revenu Minimal d’Insertion (RMI) diminue en période de croissance. Ce  fut d’ailleurs  le cas entre 1997 et 2001, au moment où l’économie française créa des emplois. À l’inverse, le nombre de bénéficiaires tend à augmenter lors des récessions alors que le taux de chômage augmente [3]. Donc, le manque d’emplois expliquerait davantage les situations de pauvreté et de chômage que les comportements paresseux associés aux pauvres.

Un emploi procure beaucoup d’avantages certes, mais pour une personne pauvre, travailler n’est pas une garantie qu’il va s’en sortir. L’organisme Centraide soutient qu’au Québec, près du tiers des personnes vivant sous le seuil de faible revenu sont sur le marché du travail. De plus, les personnes pauvres ont un niveau de scolarisation habituellement faible ce qui les amène à occuper des emplois qui sont souvent «précaires, peu attrayants, mal rémunérés et n’offrent aucune protection» [4].

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 «Qui sème la paresse dans sa jeunesse, récolte la misère dans sa vieillesse».
Proverbe français

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Le public ignore aussi que, dans la majorité des cas, les pauvres qui ne travaillent pas sont incapables de travailler à cause de certaines limites physiques, psychologiques ou autres. Comment une personne souffrant de troubles mentaux peut-elle se trouver un emploi? Les employeurs voudront-ils les embaucher? Ce n’est donc pas par choix que les pauvres demandent de l’aide, mais plutôt pour arriver à survivre. Bien au contraire, avec les nombreux préjugés, il peut être honteux de demander de l’aide. Ceux qui ont la chance de bénéficier d’une aide sociale,  ne reçoivent que très peu, leur permettant à peine de couvrir leurs besoins de base. Au Québec, «une famille de quatre personnes caractérisée comme «transitoire» par le ministère du Développement social est seulement admissible à 908 $ par mois. Le prix moyen d’un loyer à trois chambres est de 640 $ à 888 $. Il faut environ 550 $ par mois pour nourrir adéquatement une famille de quatre» [5].  Faîtes le calcul!

Nous pouvons donc conclure que, s’il existe des abus, c’est une généralisation démesurée que de considérer que les pauvres soient tous paresseux, qu’ils ne font rien pour améliorer leur situation ou pour trouver un emploi.

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                      «La pauvreté est la fille aînée de la paresse». – Proverbe sénégalais

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[1] «Repenser la culture de la pauvreté», par Nicolas Duvoux, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.laviedesidees.fr/Repenser-la-culture-de-la-pauvrete.html (dernière consultation le 07 mars 2012).

[2]«Poor do not deserve negative stereotypes, should receive help this holiday season », par Bobby Gomez , disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.kstatecollegian.com/opinion/poor-do-not-deserve-negative-stereotypes-should-receive-help-this-holiday-season-1.2036987 (dernière consultation le 07 mars 2012).

[3] «La paresse n’est pas la cause de la pauvreté», par Isabelle Gauthier, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.bip40.org/autour-du-bip40/pauvrete/debat/paresse-et-pauvrete (dernière consultation le 07 mars 2012).

[4] « Un préjugé, c’est coller une étiquette», par Centraide, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.politiquessociales.net/Un-prejuge-c-est-coller-une  (dernière consultation le 07 mars 2012).

[5] «Attaquer les préjugés de la pauvreté», par Auréa Cormier, disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.capacadie.com/opinions/2009/9/20/attaquer-les-prejuges-de-la-pauvreten (dernière consultation le 07 mars 2012).

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Une réflexion sur “Pauvres et coupables: la paresse

  1. Pingback: Préjugé : juger sans savoir | Se libérer des clichés sur la pauvreté

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