Pauvreté et santé mentale: l’oeuf ou la poule?

Est-ce la pauvreté qui cause les maladies mentales ou les problèmes de santé mentale qui conduisent à la pauvreté? Selon des données épidémiologiques, on recense que chaque année, près de 3 % des Canadiens seront au prise avec une grave maladie mentale et 17 % de la population souffrira d’une maladie légère à modérée[1].

Mais qu’entend-on par maladie mentale? Tout d’abord, on peut penser à la schizophrénie ou au troubles bipolaires. Néanmoins, il ne faut pas omettre d’autres maladies qui ont une importante prévalence telles que la dépression. On retrouve aussi les troubles anxieux, névrotiques ou les troubles obsessionnels compulsifs. Cette panoplie de maux est observable dans tous les milieux sociaux. Nous pouvons croire à tord, que les gens touchés par la maladie sont des personnes sans éducation qui sont nées avec peu de chance ou qui ont abusé de substances psychoactives. Pourtant, il en est souvent autrement. Dans le monde du travail, le stress, la performance ou la compétitivité ont souvent raison de la santé mentale de professionnels qui se retrouvent incapables de fonctionner. Certains vivront qu’un bref épisode. D’autres ne pourront retourner sur le marché du travail. Ces personnes qui ne peuvent plus travailler risquent alors perdre leur revenu et tomber dans la pauvreté. Autres que les professionnels, les jeunes adultes diagnostiquées avec des troubles mentaux éprouvent maintes difficultés à se trouver un emploi ou à le garder. Ils dépendent généralement des programmes sociaux et vivent avec peu de moyens.

La maladie mentale peut être associée aux difficultés vécues dans les grands centres urbains (violence, promiscuité, stress), mais les milieux ruraux ne sont pourtant pas épargnés. L’Organisation mondiale de la santé révèle que deux fois plus de femmes des milieux ruraux vivent des dépressions[2] comparativement aux femmes de la population en général. Les causes principales sont souvent l’isolement et le manque d’accès aux services.

Si ces problèmes de santé mentale peuvent mener à la pauvreté, l’inverse est aussi vrai. En effet, les personnes vivant avec un faible revenu sont confrontées tous les jours aux manques de ressources. Ne pas savoir si les factures pourront être payées, vivre dans un logement trop petit ou insalubre, ne pas avoir de loisirs et subir le rejet social sont des difficultés quotidiennes qui effritent le moral et l’estime de soi. Le stress permanent causé par une situation précaire peut mener à des problèmes mentaux. Chez les personnes les plus à risque de souffrir de maladie mentale, on dénombre les personnes à faible revenu, les mères monoparentales, les enfants et les adolescents ayant subi des traumatismes, les chômeurs, les femmes violentées et les personnes âgées en perte d’autonomie[3].

Il n’y a pas seulement en Amérique du Nord où on vit cette situation. Selon le Réseau Science et Développement, «des preuves  évidentes montrent que la prévalence des maladies mentales est très élevée dans de nombreux pays à revenu faible ou moyen[4]». Contrairement aux maladies infectieuses, les maladies mentales font rarement l’objet de financement de la part des bailleurs de fonds même si elles sont l’une des principales causes d’invalidité dans le monde[5]. Que ce soit au Canada ou ailleurs dans le monde, les maladies mentales et les personnes à risque sont les mêmes. Pour les pays en développement, on doit notamment ajouter dans les causes,  les traumatismes liés aux catastrophes naturelles et aux guerres qui sont souvent plus fréquentes que dans les pays développés.

La pauvreté et la maladie mentale sont donc liées de façon complexe et peuvent générer un cercle vicieux.

Les conséquences de ce cercle vicieux sont multiples et interdépendantes. L’enjeu est social.  Si les gens pauvres sont victimes de préjugés, ceux qui vivent la pauvreté associée à un trouble mental sont encore plus touchés par ces préjugés. Car les préjugés suscitent l’incompréhension, le mépris et parfois la peur.


[1]«Quelques statistiques», par FONDATION DES MALADIES MENTALES, disponible en ligne à l’adresse suivante:http://www.fmm-mif.ca/fr/p/aider-une-personne/les-maladies-mentales/description/quelques-statistiques (dernière consultation le 9 mars 2012).

[2]«Mieux comprendre les troubles mentaux et du comportement», par ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.who.int/whr/2001/chapter1/fr/index2.html (dernière consultation le 9 mars 2012).

[3] «Comprendre et prévenir», par SANTÉ ET SERVICES SOCIAUX DU QUÉBEC,  disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sante/sante_mentale/index.php?Comprendre_et_prevenir (dernière consultation le 9 mars 2012).

[4] «La santé mentale dans le monde en développement», par LE RÉSEAU SCIENCES ET DÉVELOPPEMENT, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.scidev.net/fr/opinions/la-sant-mentale-dans-le-monde-en-d-veloppement-il-.html (dernière consultation le 9 mars 2012).

[5]«Global mental health», par GRAND CHALLENGES Canada, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.grandchallenges.ca/grand-challenges/gc4-non-communicable-diseases/mentalhealth/(dernière consultation le 9 mars 2012).

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2 réflexions sur “Pauvreté et santé mentale: l’oeuf ou la poule?

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